Et si Abraracourcix et Drappès ne faisaient qu’un ?

© Les Éditions Albert René / Goscinny - Uderzo

Publié le 18 septembre 2026

Créées par le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo, la série de bandes dessinées Astérix fait sensation depuis des décennies. Sous un trait d’humour, elles rapportent le courage d’un petit village situé en Armorique face à la menace romaine. À l’époque de la guerre des Gaules (de -58 à -51), la région armoricaine -l’actuelle Bretagne- est habitée par différents peuples celtes, notamment les Vénètes, les plus puissants du territoire. Ces derniers se révoltèrent courageusement avant d’être définitivement vaincus en 56 avant J.-C. par la flotte romaine lors d’une mémorable bataille navale.

Historiquement, le dernier rempart à l’invasion romaine ne se trouvait donc pas en Armorique. Pour trouver un peuple celte ayant fait trembler Rome à faire pâlir d’envie le petit village d’Astérix, il faut d’abord regarder du côté de notre propre histoire locale. Un peuple antique, que les Sénonais connaissent bien, s’est rendu célèbre dès le 4e siècle avant notre ère, lorsque son chef, Brennus, emblème de la ville de Sens, mena son armée jusqu’au cœur de la cité romaine pour la mettre à sac : les Sénons.

Sa descendance s’illustra également lors de la Guerre des Gaules. Dans ses Commentaires, Jules César fait ainsi l’éloge du chef Sénon Acco, dont le peuple joua avec les Carnutes un rôle de fer de lance dans l’insurrection. Dès sa nomination en 52 av. J.-C., Vercingétorix s’empressa d’ailleurs de rallier les Sénons, tant leur poids militaire et leur influence étaient grands. Redoutant leur puissance, César choisit précisément leur capitale, Agedincum, pour y installer son état-major.

On sait que les personnages de Goscinny et Uderzo ont été créés à partir de nombreuses références, mêlant parodies d’hommes politiques français et anachronismes glissés pour les besoins d’un récit antique romancé à outrance. Mais si l’on devait désigner le dernier chef gaulois résistant lors de cette conquête pour incarner Abraracourcix, ne serait-ce pas Drappès ?

Ce chef Sénon émérite aura un destin des plus tragiques, au contraire d’Abraracourcix dont la seule crainte est que le ciel ne lui tombe sur la tête. Mais il n’en fut pas moins l’un des derniers chef gaulois à tomber aux mains des Romains, également mentionné dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules. Après la défaite de Vercingétorix à Alésia en 52, il prit la tête de la révolte, rassemblant une armée de plusieurs milliers de rescapés et de rebelles, et s’associe au chef cadurque Luctérios afin d’attaquer la province de la Narbonnaise, vaste territoire en forme de croissant qui s’étendait de Toulouse à Genève, englobant tout le littoral méditerranéen et des cités majeures comme Narbonne, Nîmes, Arles ou Marseille.

Mais leur plan fut rapidement contré par le déploiement des forces romaines. Les deux chefs gaulois se replièrent à Uxellodunum, place forte du pays cadurque située sur le Plateau du Puy d’Issolud dans le département du Lot. C’est ainsi que la cité fut assiégée, acculée par les légions romaines, forçant Drappès à s’enfermer dans ce qui deviendra le théâtre du dernier acte de la guerre des Gaules. Le roi Sénon fut capturé et rendit son dernier soupir au fin fond d’une prison, se laissant mourir de faim.

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