Une dizaine de thermes à Sens à l’époque gallo-romaine selon l’archéologue Didier Perrugot

Publié le 9 novembre 2024
Dans l’antiquité, il existait une dizaine de thermes à Sens dont il reste quelques vestiges aux Musées de Sens. On fait le point avec l’archéologue Didier Perrugot sur ces lieux de détente et d’échanges que le peuple gallo-romain sénonais affectionnait il y a plus de 1.500 ans.
Les Romains ont apporté en Gaule un large éventail de savoir-faire qui ont transformé la société et le territoire gaulois. L’urbanisme et l’architecture avec des infrastructures avancées (aqueduc, forum, routes pavées) ont amélioré la vie urbaine et facilité les échanges. L’ingénierie, l’hydraulique, le droit, l’administration, l’agriculture ou encore la viticulture soit autant de concepts et de techniques qui ont durablement transformé le mode de vie des Gaulois et structuré la future société médiévale.
**Agedincum, cité gallo-romaine
Sens, autrefois appelée Agedincum (ou Agendicum), ville florissante de la Gaule romaine, était organisée selon les principes urbains romains, en quadrillage, avec deux grandes rues principales, le cardo (axe nord-sud) et le decumanus (axe est-ouest), qui se croisaient au centre. De nombreuses constructions typiques des villes romaines ornaient la ville telles que le forum, élément central, ou encore l’amphithéâtre et des bâtiments publics (des temples, des boutiques et des espaces de réunion).
Les thermes, ou bains publics, étaient sans doute le lieu de prédilection des Sénonais gallo-romains où ils pouvaient se retrouver et se détendre tout en ayant accès à une hygiène avancée. « Quand il y avait un forum dans une ville, obligatoirement il y avait un établissement de thermes à côté. La distraction c’est une chose mais c’est là aussi qu’on concluait des affaires » explique Didier Perrugot, docteur en archéologie. Certaines avaient aussi une fonction curative avec notamment des sources d’eau salée.
**Une dizaine de thermes à Sens
« Dans une ville comme Sens, on en recense au moins une dizaine. Il y en a qui ont été identifiées mais sans grande certitude, sur la promenade Saint-Didier, entre la rue Beaurepaire et l’Yonne en gros » précise l’archéologue sénonais. Un autre avait été mis à jour à l’occasion de travaux de voirie sous la rue de l’Epée. Cet établissement monumental, situé près du forum, avait sans doute une superficie d’environ un hectare selon l’estimation de l’archéologue qui l’a découvert en 1989. Un autre établissement thermal se trouvait en bas de la Rue de l’Epée, sous l’ancienne prison aujourd’hui Résidence des Remparts. Pierre Parruzot était en charge des fouilles de 1970. « C’est près de là aussi que Jean Nicolle avait trouvé une piscine revêtue de marbre en 1953 à l’angle de la rue de l’Epée et de la rue du Palais de Justice ».
Les seuls éléments de thermes visibles aujourd’hui sont exposés dans les Musées de Sens. Une salle thermale trône au sous-sol, sous la cour de l’Archevêché, à l’endroit même où elle a été découverte lors des travaux de construction qui débutaient en 1981. La salle souterraine avait finalement été décalée et son organisation s’est poursuivie autour des vestiges. A l’époque, les fouilles avaient été menées par Marc Barbier en 1981, puis par Dominique Guillot et Yves Roumégoux de 1982 à 1983. L’établissement était sans doute l’une des plus petites de la ville avec une surface dans les 400 mètres carrés (environ 25m x 15m), à laquelle s’ajoutait d’autres espaces tels que la palestre, dédiée à l’exercice physique, portant la superficie à quasiment 1.000 mètres carrés.
Enfin, une façade monumentale de thermes du début du 2e siècle est, quant à elle, exposée dans l’aile Henri II. Comme la majorité des blocs gallo-romains de la collection du musée, les pierres proviennent de la muraille qui a protégé la ville à l’époque de l’invasion barbare dès la fin du 3e siècle, et détruite en 1840. « C’est la fouille que j’ai faite en 1987 au 12 Cours Tarbé qui a permis de vieillir la datation de cette muraille selon une démonstration implacable et que d’autres fouilles ont confirmé depuis ». Gustave Julliot, président de la Société Archéologique de Sens (SAS) fut le premier à découvrir les éléments de la façade et à les étudier, une trentaine de blocs d’abord conservés dans le jardin de la mairie puis dans la salle Julliot dès 1891.















