Sens, ville antique : la découverte très rare d’un quartier avenue de Sénigallia

Publi� le 30 juin 2022

Les fouilles préventives du 140 avenue de Sénigallia ont été réalisées de mai 2022 à janvier 2023 sous la supervision de Stéphane Allix chargé de former les jeunes archéologues destinés à travailler sur ce chantier étaient une opération de grande envergure comparé aux chantiers passés. Car il n’y a jamais eu de projet immobilier de cette ampleur dans le centre-ville ou proche centre-ville. L’archéologie était également moins structurée et suscitait moins d’enthousiasme, notamment dans les années 80.

« Avant destruction. Si là on ne fouille pas et qu’on laisse construire le bâtiment, les vestiges vont être détruit. C’est ce qui s’est passé à Sens pendant des années. Mais là, l’archéologie est structurée. On a une meilleure surveillance » a assuré Nicolas Tisserand, archéologue depuis 20 ans à l’INRAP et professeur à l’université de Bourgogne.

**Juin 2022

L’archéologue avait accueilli le grand public sur le chantier en juin 2022. Une visite exceptionnelle tant par la disponibilité des professionnels de l’INRAP que par la rareté du site. En effet, le travail des archéologues a révélé tout un quartier antique encore inconnu jusque-là. Une parcelle de 7.000 m² composée d’îlots urbains autour de la via Agrippa (actuelle avenue Senigallia) certainement occupée du début de notre ère jusqu’au 4e siècle. Une datation possible grâce à la céramique, souvent de vernis rouge, caractéristique du monde romain.

« Agendicum, c’est une ville extrêmement importante dans l’antiquité. Ce n’est pas Rome non plus mais on est sur une ville qui a déjà une parure monumentale, un amphithéâtre, avec des îlots monumentaux... » explique Nicolas Tisserand. Une belle surprise pour les archéologues. Le diagnostic révélait déjà la présence de murs, de vestiges antiques, de niveaux plus organiques (éléments de bois, poteaux préservés par les nappes d’eau).

Les archéologues ont révélé des strates au cours des différentes étapes des fouilles. Dans un premier temps ont été révélées des restes de plomberie et du béton d’une période récente. Puis un mortier de tuileau est mis en lumière, lié à des éléments de confort de type thermes, ou encore un puit. « Notre travail va être de nettoyer ça, couche par couche, parfois un peu violemment, c’est-à-dire avec une mini-pelle, parfois finement avec une truelle ou une pioche ».

**Septembre 2022

En septembre, les archéologues avaient mis à jour des rues d’environ 20 mètres de large et leurs trottoirs de ce quartier populaire, avec des constructions modestes mais soignées. Également de nombreux objets issus de l’artisanat et de l’industrie tels que des épingles, des boucles de ceinturons militaires ou de baudriers, une garde de petits poignards ou d’épée en ivoire, de petits instruments de chirurgie ou fabrication d’onguents, des amphores, des bougeoirs, des éléments de production en métallurgie, ou encore des pesons de tisserands, utilisés pour les métiers à tisser. Pour ce dernier, la question de savoir si ces tissus, probablement des draps, étaient destinés au commerce à un usage personnel reste entière.

La découverte la plus insolite de ce chantier de fouilles, mais tout aussi exceptionnelle, fut très certainement une grande concentration de toilettes dotées de cuves où les excréments tombaient. Des éléments qui ont permis de découvrir de nombreuses graines, parasites « qui vont être étudiés et donné énormément de renseignements ». Les pollens donneront une quantité importante d’informations sur l’environnement végétal voire des traces de culture, ainsi que des milliers de noyaux de cerises, de pèches. « Tout ce qui d’habitude nous échappe, là on l’a en direct ».

Ont aussi été retrouvés des fragments de tablettes en bois composées de cire dans laquelle on écrivait avec un stylet en fer, certainement de la fin du 1er siècle : des comptes et peut-être des documents juridiques. En écrivant, ils transperçaient la cire et laissaient des traces d’écriture. Les tranches étaient souvent marquées pour éviter de relire tout le document « soit en gravant un peu comme un sauvage le bord, soit avec de l’encre. On a les deux cas de figure ici et ça, c’est extrêmement précieux. On a une entrée directe sur le quotidien ».

Une autre découverte très singulière : une très belle collection de pièces antiques datant de l’empereur Néron (54-68 ap. J.C.)... issues d’un trafic de fausse monnaie ! Des pièces de monnaie qui n’ont pas été frappées et sûrement balancées à la hâte dans les toilettes.

A cette étape, l’hypothèse soutenue par les archéologues était que ce quartier aurait été remblayé assez tôt (2e ou 3e siècle) en raison de la quantité de nappes d’eau. « Cette zone a dû rester vierge un moment. Et puis à l’afin de l’antiquité, des habitations en bois sur poteaux ont été installées dans ce secteur-là au 4e ou 5e siècle à vue de nez, d’après nos premières analyses ».

Page du site web de l’INRAP consacrée à ces fouilles :
https://www.inrap.fr/decouverte-du-quartier-sud-de-la-ville-antique-de-sens-yonne-16739

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