Révolution de 1848 : Sens, une ville profondément républicaine

Publié le 26 octobre 2024

Après les événements de Paris le 24 février 1848, la ville de Sens réorganise des élections municipales. Victor Guichard succède à Louis Jacques Parent. Deux jours après la proclamation de la République, le 27 février, elle reconnait officiellement le drapeau tricolore comme le drapeau de la nation. La ville de Sens abandonne alors le drapeau rouge.

Dès 1820, la monarchie parlementaire instaurée par Louis XVIII est déstabilisée par des oppositions. En 1824, Charles X s’empare du trône, porté par les ultraroyalistes, partisans de l’Ancien Régime. Il instaure des lois répressives et musèle la presse. Paris se soulève en juillet 1830 et le roi est renversé. Louis-Philippe 1er devient roi des Français et partage son pouvoir avec la Chambre des pairs et la Chambre des députés. Cette nouvelle monarchie est fortement contestée, ne répondant plus aux aspirations des classes populaires et moyennes. Une révolte finit par éclater en février 1848. Louis-Philippe abdique le 24 février et s’exile en Angleterre. La IIe République est proclamée. Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République.

Le suffrage universel masculin étant instauré, de nouvelles élections municipales sont organisées. A Sens, les membres du conseil municipal s’empressent de se réunir pour une session extraordinaire, évoquant des événements d’une « haute gravité » se déroulant à Paris. Tous s’accordent sur la nécessité « de veiller de concert au maintien de l’ordre et de la tranquillité » et appellent la population sénonaise par des affiches et publications à « attendre avec calme la marche des événements ». Dès le 25 février 1848, la ville est agitée et les citoyens inquiets. De nombreux groupes se forment et stationnent dans les rues. Puis un grand nombre d’entre eux finit par se réunir dans la salle commune et demander à l’ancien maire de convoquer la Garde nationale. Il est décidé, au terme de cette réunion, que l’ancienne administration municipale et le commandant de la Garde nationale seraient maintenus jusqu’à obtention de nouvelles de la situation parisienne.

« A six heures, le doute n’était plus possible. La nomination d’un gouvernement provisoire à Paris, la déchéance de Louis-Philippe, la République proclamée étaient des actes connus de tous, il n’y avait plus à attendre ». Des citoyens, au nombre de 30, nommèrent une commission permanente présidée par Victor Guichard. Sous la pression d’un peuple agité, le maire, le sous-préfet, le conseil municipal et le commandant de la Garde nationale furent invités à démissionner. La commission permanente est installée dans la maison commune avec comme première mission d’assurer l’ordre et la tranquillité.

Tous les citoyens âgés de 21 ans se rendent, dès le lendemain, samedi 26 février à 11h, dans la salle des pas perdus de l’ancien palais de justice (actuel palais synodal) afin d’élire le nouveau conseil municipal. La foule qui patientait dans la salle, dans les escaliers jusque dans la cour de l’archevêché était telle que le siège de l’élection fut transférée sur la place publique, « en plein air, par une pluie torrentielle ». Le compte-rendu indique que « les élections furent continuées et achevées au milieu d’un concours immense de citoyens animés des idées et sentiments républicains les plus purs ». Victor Guichard fut élu maire de la ville, acclamé par l’assemblée de citoyens qui se retira ensuite dans le calme. Le nouveau maire, « la main sur le cœur, jura fidélité au Peuple, dévouement à la Patrie, et de mourir pour la défense des intérêts et les droits du Peuple ». Il informa ensuite le ministre de l’Intérieur du Gouvernement provisoire de ces nouvelles dispositions puis la Garde nationale fut réorganisée.

Pendant la révolution de 1848, deux drapeaux s’opposent : le drapeau rouge, symbole de la couleur du sang des travailleurs exploités, brandi par les socialistes qui souhaitent l’imposer comme drapeau officiel, et le drapeau tricolore auquel sont associés les bourgeois. Mais Alphonse de Lamartine parvient à convaincre le peuple de conserver le drapeau tricolore. Ainsi, le 27 février, le conseil municipal de Sens décide à l’unanimité de remplacer le drapeau rouge par le drapeau tricolore qui porte les mots « République française. Liberté, égalité, fraternité ». Il précise par ailleurs que le drapeau rouge « n’a jamais été admis comme le drapeau de la nation, mais comme un signe que la patrie est en danger ».

Publier un commentaire

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.