Quand les Sénonais célébraient les fous !

Publié le 5 février 2025
Fut un temps où l’Eglise sénonaise célébrait la « folie », des réjouissances moyenâgeuses qui se tenaient la dernière semaine de décembre et la première semaine de janvier. Un manuscrit datant du 13e siècle et annoté au 19e siècle par l’historien Louis Félix Bourquelot, livrerait le plus ancien témoignage, l’Office des Fous (Circumcisio Domini) attribué à l’archevêque de Sens Pierre de Corbeil. Organisée par le diocèse, la fête des Fous était tout bonnement une parodie des cérémonies religieuses, une imitation des Saturnales célébrées dans l’antiquité, avec un clergé visiblement beaucoup moins soucieux de la profanation des choses saintes voire totalement désinhibé.
On élisait un évêque des Fous, parfois un pape dans certaines villes. Mais aussi des prêtres « barbouillés de lie et habillés d’une manière ridicule » selon un récit de la France Pittoresque paru en 1846 qui « entraient dans le chœur pour y chanter des chansons. Les diacres et les sous-diacres mangeaient des boudins et des saucisses ; ils jouaient aux cartes et aux dés ; mettaient des morceaux de vieilles savates dans l’encensoir en guise d’encens ; puis ils se faisaient ensuite traîner tous par les rues dans des tombereaux, où ils se livraient à mille contorsions ».
Une autre tradition fut évoquée lors d’une récente exposition au Louvre, Figures du Fou, du Moyen Âge aux Romantiques, qui mettait en lumière la présence des fous dans l’art et la culture occidentale à la fin du Moyen Âge. Parmi les pièces proposées au grand public : le bonnet de l’archevêque des Innocents, peut-être du 13e siècle, issu du Trésor de la cathédrale Saint-Etienne. Ce petit bonnet faisait office de mitre, posé sur la tête d’un jeune enfant déguisé en archevêque, monté sur un âne et suivi par le bas clergé autorisé à entrer en procession. La fête se poursuivait sur la place de la cathédrale avec des jeux et des danses.
Si la fête des Fous a bien failli être proscrite par une ordonnance de 1245, elle perdurera jusqu’au 16e siècle. La fête des Innocents, assez proche de la fête des Fous, était encore en représentation en 1648.









