Prise de la Bastille en 1789 // une population sénonaise « en émoi »

Publié le 30 juin 2025

En juillet 1789, la population sénonaise crie famine. Le blé se fait rare, les récoltes ont été très mauvaises et son prix a considérablement augmenté, et en conséquence, celui du pain. Fourches en mains, elle s’empare des réserves de blé, notamment sur un bateau à destination de Paris, amarré au quai du Clos-le-Roi. Comme le raconte le lieutenant de la Garde Nationale de Sens Charles-Octave Bouvyer dans ses mémoires, notes manuscrites confiées à la Société Archéologique de Sens au 19e siècle, la bourgeoisie s’affole face à une foule en colère et déchainée. Certains finissent par s’armer.

Formée en juin, la Garde nationale de Sens est mobilisée après l’émeute, avec à sa tête le marquis de Chambonas -le 26 juillet pour Villeneuve l’Archevêque. Des réverbères, issus de l’école de Brienne, sont installés dans les rues de la ville afin d’anticiper une éventuelle vague de crimes. La municipalité cherche même à tout prix à se munir d’un baril de poudre. La Grande Peur gagne du terrain, « à Sens, la population est en émoi » écrit Gérard Daguin dans son ouvrage Sens pour les curieux. Les événements parisiens font naitre un sentiment de panique jusque dans les campagnes :
Le 25 juillet, le greffier de Thorigny-sur-Oreuse rapporte que « des hordes de brigands étaient apparues dans les paroisses voisines, y commettaient les plus grandes dévastations et mettaient tout à feu et à sang ». « L’arrivée nocturne de la milice sénonaise, commandée par le marquis de Chambonas acheva de dissiper les craintes mais nul ne trouva trace des brigands si redoutés » précise Daguin.

Bouvyer précise également dans une notice complémentaire que la Garde nationale de Sens est parvenue à contenir la population pendant les deux premières années de la Révolution. 1790-1791 : Le marquis de Chambonas avait trouvé de quoi occuper « la populace », « un travail utile pour la ville » : combler les fossés de la ville, de la porte Saint-Didier à la porte Dauphine, puis de la porte Notre-Dame jusqu’au Mail où ils plantèrent des allées d’ormes, et construire un vaste port près du pont d’Yonne.
En outre, qui sait si cette intention teintée de mépris était partagée par Chambonas, gouverneur de la ville, puis premier maire constitutionnel de Sens en 1791. En tout cas, aujourd’hui, on fait uniquement l’éloge de cet ouvrage en tant que projet d’aménagement urbain.

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