Les vignes sénonaises, de l’oubli à la renaissance

Publié le 9 janvier 2025

« La Comète » (1811), « le vin de Moscou » (1812) ; au 19e siècle, les Sénonais affublaient les cuvées de noms quelque peu exotiques en fonction de la qualité des récoltes ; une qualité reconnue jusqu’au 19e siècle à Sens, et particulièrement pérenne à Paron. Eteinte depuis plus de 100 ans, l’histoire de la vigne sénonaise a repris son cours au 21e siècle, rythmée par les vendanges du Domaine des Sénons.

Dans l’Yonne, les vignes s’illustraient évidemment à Auxerre, Chablis, Tonnerre et Joigny mais également dans d’autres contrées telles que Sens. La vigne y fut introduite dans l’antiquité par les Romains, comme en témoigne le bas-relief du 1er siècle conservé par les Musées de Sens, et développée au Moyen-Age. Le vin sénonais « passait pour un des meilleurs de la France, du temps d’Henri IV » (16e siècle), d’après l’Almanach Tarbé cité par Etienne Dodet. Un vin qui aurait cependant perdu de sa superbe dès la seconde moitié 19e siècle hormis celui de Paron qui « parait soutenir plus longtemps sa réputation, car son vin est encore assez recherché ».

**Les vignes de Sens

En 1806, la ville de Sens et ses faubourgs comptaient 258 vignerons dont 103 dans le faubourg Saint-Savinien, 55 dans le faubourg d’Yonne (55), 49 dans la ville elle-même. En 1793, la superficie du vignoble de Sens était de 192 hectares, sur un total de 250 hectares de vignobles avec une vingtaine de variétés de raisins, blanc, Pineau, Malvoisie. Le nombre de vignerons augmente considérablement jusqu’au milieu du 19e siècle, d’environ 700 dont une grande majorité de particuliers. La Confrérie Saint-Vincent voit d’ailleurs le jour en 1840. En revanche, à la fin du Second Empire (1852-1870), on dénombre 131 vignerons professionnels, soit une diminution de moitié depuis le début du siècle.

En effet, les vignes sénonaises sont victimes de nombreux aléas climatiques, essuyant de graves pertes en raison des gelées, notamment celle de 1802, de la sécheresse mais aussi des maladies (Mildiou, phylloxéra) et de la Taxation des vins et Droits réunis. Ce dernier point fit l’objet de nombreuses controverses au gré des municipalités. En 1812, elle se montrait hostile à ces impôts. « La moitié des vins est consommée dans la ville, l’autre moitié est vendue à l’extérieur. Il y aurait une perte considérable pour les propriétaires s’ils étaient obligés d’acquitter les droits d’entrée et d’octroi avant d’introduire leur récolte et si ces droits ne leur étaient pas restitués pour la quantité exportée... acquitter les droits d’entrée serait une charge très lourde... ils sont au contraire beaucoup plus à l’aise au moment de la vente de leurs vent » selon une délibération du Conseil municipal. En 1814, les opposants furent arrêtés et les taxes furent maintenues sous Louis XVIII. Puis leur abolition fut de nouveau soutenue par Victor Guichard, maire puis député.

**Les vignes de Paron

La littérature paronaise s’est davantage étoffée en 2013 avec la parution d’un ouvrage en quatre tomes, Paron, d’un village rural à une commune moderne. Les auteurs ont consacré un chapitre à ses vignes de grande renommée sur la côte de La Crèvecœur et la côte de Paron. En 1829, la commune comptait 130 hectares de vignes au total, contre 190 avant la Révolution en 1787. Elles étaient réparties dans le quartier des Brémonts (27 hectares), de Saint-Bond (67 hectares), le village (7 hectares), les Fondrières (28 hectares) et le Chesnoy (0,78 hectares). Les auteurs ajoutent d’ailleurs aux causes de leur disparition la création de la ligne de chemin de fer PLM en 1849, important le vin du sud de la France, les habitudes de consommation ou encore l’exode rural.

Avant qu’elles ne tombent dans l’oubli, les vignes paronaises offraient plusieurs variétés de vin : Pineau noir et blanc, le tresseau, le ronçain et le gammé. Des crus classés en « catégorie 4 de première qualité » selon l’appréciation d’André Jullien, négociant en vin, auteur de l’ouvrage Topographie de tous les vignobles connus paru en 1816. Des vins « cependant accueillis comme vins fins de première classe, par les personnes qui en boivent habituellement de bien inférieurs ». André Jullien ajoute qu’il « en est plusieurs qui, bien soignés, acquièrent en vieillissant beaucoup de qualités, et finissent par devenir comparables à quelques-uns de ceux de troisième classe ». Sauf le gammé a priori, qui aurait « fait un grand tort à la réputation des vins de Bourgogne ».

L’ouvrage évoque aussi le souvenir de vignerons paronais : Louis Morel, dans les années 20-30, d’après les souvenirs de sa fille Louise Riquier interrogée en 2010 ; Désiré Naudot dit le père Naudot, dernier vigneron de Paron qui possédait une vigne sur la côte de Crèvecœur. Un souvenir ravivé plus de cent ans plus tard par le Domaine des Sénons, désormais les vignerons les plus réputés du territoire nord Yonne. Marie Ruscon, qui a réalisé le rêve de son père Frédérique Duponchel, et son époux, Florian Ruscon ont rallumé la flamme viticole en 2018, à Saint-Martin-du-Tertre en 2019, puis sur la côte de Paron en 2020. En 2023, le domaine a produit 40.000 bouteilles en 2023, soit le double de l’année précédente, et augmenté sa surface de récolte depuis sa création, de 6 à 9 hectares.

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