Les cachots de Sens, porteurs de la mémoire de Sénonais

Publi� le 22 septembre 2024

Les Journées européennes du Patrimoine était l’occasion d’une visite du Palais Synodal, érigé par l’archevêque Gauthier Cornu (1230-1240). La salle synodale est accessible par un large escalier de pierre à droite de l’entrée de l’ancienne salle d’Officialité où les archevêques tenaient leur synode, assemblée consultative d’ecclésiastiques (parfois de laïcs) qui aidait le pape à prendre ses décisions. La salle accueille de nos jours des expositions.

La salle d’Officialité a, quant à elle, longtemps fait office de tribunal ecclésiastique avant de devenir le tribunal du bailli. Cette salle a subi bien des transformations au cours des siècles suivants. Divisée en plusieurs salles en 1773 par François Buron, transformée en salle de stockage des confiscations révolutionnaires, puis « salle des pas perdus » en 1811 ou encore utilisée comme salle polyvalente (expositions, concerts, banquets, etc.) pendant la seconde moitié du 19e siècle. Aujourd’hui la salle est occupée par une grande cheminée et par de nombreux vestiges de sculptures issues de la cathédrale.

Au temps du tribunal ecclésiastique et de ses jugements sans appel, un mur s’élevait entre la salle d’Officialité et les cachots, symbole de l’horreur moyenâgeuse. Une première porte mène à trois cellules. Une première pièce étroite renferme une trappe menant à une pièce plongée dans l’obscurité totale et des plus redoutées : les oubliettes, « une salle carrée, voutée, assez vaste » d’après le bulletin de Société Archéologique de Sens (SAS) de 1846. René Fourrey, évêque et auteur de Sens, ville d’art et d’histoire (1953), fait référence à trois prisonniers enfermés dans ce sinistre endroit : Jean Mondrevans, Félix de Corceville et Odin de Oilnaut qui « mangeaient le pain de la douleur et s’abreuvaient de l’eau de tristesse au fond de la lugubre fosse ».

La seconde cellule n’est pas plus large mais éclairée par une petite fenêtre. La troisième est beaucoup plus grande avec une petite fenêtre grillagée en hauteur. La seconde porte laisse entrevoir une petite pièce un peu plus haut sur la droite, qui abritait sans doute « un surveillant qui de là pouvait épier les gestes, ou recueillir les conversations des prisonniers ». Cependant les auteurs de la Société archéologique assurent que les prisonniers ne nourrissaient pas de haine envers la justice comme on pourrait le croire. Leur piété les amenait plutôt à se résigner.

Les cachots de Sens racontent l’histoire de ces prisonniers, leurs états d’âme, et même leurs passe-temps. Des personnages, un christ, un couronnement de la Vierge, des armoiries ornent les murs des cellules. Le jeu de Merelles y était particulièrement populaire. Pour la SAS, ces sculptures ont un grand intérêt sur le plan archéologique et sont même « des témoins sincères de la mentalité des gens du moyen-âge ». On y retrouve quelques noms gravés dans le plâtre : Claude Hoquet d’Estampes, E. Tachi Pri, Guiot Theveneau ou encore E.Nervep, prisonniers du 16e siècle.

Les archives de l’Officialité ont toutes disparu à l’exception d’un document du 14e siècle qui avait été transmis à Rome : la Cassette des mélanges n°1347 des archives du Château Saint-Ange. Ce procès-verbal, dont le contenu est rapporté par la SAS, rendait compte de tous les délits qui avaient amené ces Sénonais dans les cachots, des relations incestueuses à des violences physiques, en passant par des larcins. Ainsi apprend-on par exemple qu’en 1331, un certain Guillaume Brachet, seigneur de Senan, a commis des violences sur le prieur de sa paroisse. Le clerc Simon du Val s’en est pris à un laïc. Une embuscade fut tendue par Etienne Troussier de Douchy à l’encontre de Jean le Trampe, porteur d’un pli de l’Officialité. On y mentionne les violences du clerc Milon Bonolli sur un autre clerc Félix Marcel, ou encore la rébellion du curé de la Chapelle-sur-Oreuse qui avait célébré une messe alors qu’il était excommunié.

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