L’étonnant destin du rû Mondereau

Publié le 4 février 2025

Françoise Riché et son époux Marceau ont présenté le ru de Mondereau ce dimanche 2 février dans la salle de la Poterne, devant les membres de la Société Horticole de Sens. Le couple s’est épris de ce petit cours d’eau niché au fond de leur jardin dès les années 2010 et a reconstitué son histoire ainsi que son parcours depuis sa création. En 1358, selon l’inventaire de Bathazar Taveau, procureur au baillage de Sens, le régent, Charles, futur roi de France (1364), avait ordonné d’entourer la cité de fossés afin de la défendre contre les Anglais qui assiégeaient alors la France. Un ouvrage qui avait occasionné des frais exorbitants ainsi que la destruction d’édifices tels que le monastère des Pères Cordeliers ou encore l’ancien Hôtel-Dieu. En dédommagement, le régent accorda la propriété des fossés aux habitants qui furent également autorisés à y pêcher des poissons et à les nourrir, mais à condition d’y amener l’eau. Le ruisseau dévala les fossés, dérivé de la rivière de la Vanne à Maslai-le-Vicomte (actuel Malay-le-Grand).

« Munda aqua », une pure et limpide

Le ru de Mondereau fut amené dans les rues de la ville à partir de 1531 grâce à un canal de bois, des troncs d’arbres creusés en auges, puis en 1556 via un aqueduc en pierre constitué d’arcades en briques qui débutait sous l’abbaye de Saint-Jean-lès-Sens (actuel EHPAD Saint-Jean, boulevard du Maréchal Foch), jusque sous la porte Formau (entrée de la rue Alsace Lorraine) ; une arrivée qui se situe rue Pierre Lavergne, face au Carrefour Maillot. D’ailleurs, le détournement de ce ru fut particulièrement salvateur lors des épidémies de peste de 1586 et 1627. Les Sénonais avaient pu nettoyer la ville à grandes eaux de 19h à 6h du matin. Un bulletin de la Société Archéologique de Sens de 1872 indique aussi que le canal en pierre fut reconstruit un siècle plus tard. En 1768, une inscription commémorative fut placée sur l’un de ses murs, près des moulins de Saint-Jean, qui dépendaient de l’abbaye et aujourd’hui disparus. Depuis 1935, ce ru de kilomètres termine sa course dans l’Yonne, au bout des promenades, Cours Tarbé, aux abords de l’ancienne usine de plomb.

Conférence de Françoise Riché sur le ru de Mondereau, salle de La Poterne

**Son rôle majeur dans l’industrie sénonaise

C’était là l’un des sujets majeurs de la conférence de Françoise Riché. Le ru fut mis à disposition des particuliers pour l’irrigation de leurs jardins. Mais il fut surtout une ressource précieuse et un symbole de prospérité pour de nombreuses entreprises (usines, tanneries ou encore moulins) qui ont su exploiter le ruisseau. Les Moulins Dumée (anciens Moulins de Saint Père, propriété du monastère Saint-Pierre le Vif), et aujourd’hui multinationale résidant à Gron, avaient particulièrement développé leur activité après son rachat par Louis-Auguste en 1890. Le fabricant de limonade Boudin s’est installé dans la ruelle Saint Symphorien (actuelle rue Champbertrand) en 1874. Les Tanneries Domange (parc du Moulin à Tan) prennent place à Sens en 1875. L’activité perdurera pendant un siècle. Les Moulins de Saint-Louis, ruelle de la Blanchisserie, furent exploités par la famille Perrot de 1880 à 1988. La fabrique de cycles à deux, trois ou quatre roues Jeubert-Chartier s’est installée dans le moulin de la Vierge en 1890 (sis 30 rue de Mondereau) ; bâtiment classé monument historique le 14 mai 1980. Ou encore ladite « usine à peaux de lapins » de Camille Déon, pelletier-lustreur, était située au 22 rue de Mondereau.

**Le ru de Mondereau aujourd’hui

L’abreuvoir qui existait autrefois au début de la rue du même nom, du côté de la rue du Général de Gaulle, qui abreuvait les chevaux des soldats et même occasionnellement des éléphants de cirque, a entièrement été recouvert. Mais le ru parcourt toujours la ville, libérée de sa tâche vis-à-vis des jardins, des usines et des moulins de Sens qui ont quasiment tous disparu notamment dès le début des années 70, période funeste pour l’industrie sénonaise. Il bénéficie cependant chaque année d’une grande opération de nettoyage, à l’instar de ses camarades les rus du Blin, du Gravereau, des Boutours et du Monsalé. La ville profite d’ailleurs de la mise en chômage de l’Yonne pour abaisser leur niveau et rappelle généralement aux riverains leur obligation d’entretenir les berges. De plus, bien que de nombreux lavoirs aient disparu, le ru est toujours la source de deux survivants, le Gué Saint Jean, près de la place des Héros, propriété de la ville depuis 1980, et le lavoir de la rue Champbertrand, dont Mme Boisselle avait fait l’acquisition en 1903.

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