Le petit âge de glace sénonais au 18e siècle

Publié le 4 janvier 2025
Depuis la fin de l’ère glaciaire, nous vivons dans une période interglaciaire caractérisée par l’alternance d’hivers très rigoureux et de périodes plus clémentes. Aussi les scientifiques ont identifié une longue période de refroidissement dès le Moyen Age qui entraina de nombreux épisodes de famines, de maladies, des vendanges tardives, de mauvaises récoltes et une hausse des prix du blé. Une série d’hivers d’une rigueur exceptionnelle à partir de la fin du 17ᵉ siècle jusqu’au et le 19e siècle, et même au 20e siècle à partir de 1928.
**Le « Grand hyver » de 1708-1709
Dès 1706, des épidémies de dysenterie touchent plusieurs régions, prélude à une crise de subsistance. En 1708, ce mini âge glaciaire ou « Grand Hyver » atteint son paroxysme. Du 6 janvier 1709 à la mi-février, un froid intense s’abat sur le royaume déjà affaibli par la guerre de Succession d’Espagne sous Louis XIV. Les températures atteignent des niveaux extrêmes, descendant sous les -10 °C jusqu’au 24 janvier, puis chutant à environ -20 °C à Paris et jusqu’à -25 °C dans la Beauce. Même la rivière d’Yonne se retrouve entièrement gelée, témoignant de l’intensité de cet hiver sans précédent. Selon l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie Le nombre de décès survenus cet hiver-là aurait été de 630.000, auxquels s’ajoutent 1,3 millions de morts des années 1690 sur une population totale d’environ 20 millions.
Comme en témoigne le Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne : « Du 23 au 30 janvier, la terre était tellement gelée qu’on ne pouvait faire de fosses au cimetière ; on enterrait alors dans la nef de l’église. Dans cette année il est mort à Vinneuf cent dix-huit personnes ». Un rapport à l’empereur des archives départementales mentionne qu’à Saligny, « au mois de janvier, tous les grains furent gelés ainsi que les noyers et quantité d’autres arbres ». Ce froid intense eu également de terribles conséquences sur les récoltes les mois suivants. A Lixy, « les 8 et 9 mai suivants des brouillards suivis d’un soleil ardent, vers le midi, furent la cause de la perte des fruits que les pommiers promettaient par leurs fleurs. Enfin, le même jour, 9 mai, jour de l’Ascension, une grêle terrible, avec une pluie torrentielle, tomba vers les huit heures du soir, ravagea entièrement les vignes et les prés et entraîna une grande partie des terres ensemencées de menus grains ».
**1769, un hiver encore plus rude
Soixante ans plus tard, un autre hiver dit « plus intense qu’en 1709 » piétine la région. « Cette année on n’a pas fait de vin ni récolté de fruit » relate les archives départementales pour la commune de Saligny. Le « 18 décembre, il est tombé de la neige à hauteur de 18 pouces » (environ 45 centimètres). « On a été à la veille d’éprouver une famine. On ne pouvait transporter le blé au marché à cause de la neige. Plusieurs personnes moururent de froid. M. Sandrier, procureur du roi à Sens, s’est montré dans cet hiver le père des pauvres. Cette même année, le 29 juillet, il y eut un orage de grêle à la suite duquel survint une inondation qui endommagea beaucoup les habitations basses du pays ».
**Des catastrophes climatiques prérévolutionnaires
Une nouvelle vague de froid intense s’abat entre 1788 et 1789, la plus calamiteuses de toute la série, succédant à un été marqué par une chaleur extrême, avec des températures allant jusqu’à 35 degrés. En juillet 1788, un orage d’une violence exceptionnelle a ravagé le pays, touchant également le nord du département de l’Yonne, y compris la ville de Sens, comme l’atteste une carte de propagation publiée à l’époque.
Après cette période caniculaire, la région sénonaise subit un hiver glacial à la veille de la Révolution française ; -21,8°C le 31 décembre 1788 à Paris, -30°C en Alsace et -20°C à -25°C dans le Nord, le Nord-Est et le Centre de la France d’après la revue météorologique de 1981. Dans la commune de Chigy, les registres rapportent que l’hiver, du 24 novembre 1788 au 22 février 1789, a été « si rude qu’il a dépassé de 2 degrés celui de 1709 ». Cette rigueur climatique a également eu un impact sur les productions agricoles, au point que le vin de 1789 aurait été jugé « très mauvais ».








