La vie sénonaise les premiers jours de la 1ère Guerre mondiale

Publié le 1er août 2025

Le 3 août 1914, « le maire de la ville de Sens informe la population que l’état de siège vient d’être déclaré pour tout le territoire » comme l’écrit le journal L’Union de l’Yonne. Des appels à la solidarité sont lancés de part et d’autre. On conseille aux cultivateurs de la région de Sens qui souhaitent trouver du personnel pour les récoltes de contacter la mairie. Des comités d’aide municipale d’hygiène, d’alimentation, de logement et d’assistance sont créés. Suite au départ des boulangers mobilisés, on recherche des gens qui savent faire du pain, on réquisitionne des logements pour les troupes dans plusieurs quartiers, notamment ceux de la rue d’Alsace Lorraine, de la rue Carnot ou encore de l’Ile d’Yonne. Les communications téléphoniques sont coupées.

**Malgré le début de la guerre, les Sénonais gardent leurs habitudes

Le mercredi 5 août, une messe de départ des soldats est organisée aux aurores. La presse se fait ensuite l’écho des nouvelles du front, mais également de nombreuses anecdotes locales, souvent singulières. Les Sénonais poursuivent leur train-train quotidien. Les annonces de naissances et de mariages vont bon train : Le peintre Georges Pinson épouse la couturière Marguerite Blaise. Maurice Jeubert épouse une modiste, Blanche Corberon. Marcel Géret voit le jour le 1er août, puis deux jours plus tard naissent Colette Joffre et Georges Ferré. Les annonces immobilières ne désemplissent pas. Les commerces continuent de mettre du cœur à l’ouvrage. La Brasserie de Sens du 40, Clos-le-Roi compte bien ramener une clientèle nouvelle.

Mais la part sombre de la ville de Sens rode également en cette période estivale, dans un contexte de pauvreté et parfois de désespoir. Vols, infractions, troubles sur la voie publique et divers outrages à agent occupent les journées de la Police Correctionnelle. Ainsi, début août, Julienne Corberon (née Jarry), 68 ans, est poursuivie pour le vol d’un poulet par sa voisine, Mme Percheron. « C’est la petite-fille même de la prévenue qui a vendu la mèche » nous informe le journal - comme quoi, on peut toujours compter sur la famille. Julienne Corberon assurait que ce poulet était à elle. Mais ladite « chapardeuse » avait déjà été condamnée à la prison pour vol de récoltes, par deux fois. Et le journal de conclure non sans une pointe d’humour : « Cette fois, elle en récolte encore pour un mois ».

Lire également :

Le service des Archives de l’Yonne publie son premier livre Bâtir le souvenir de la Grande Guerre dans l’Yonne (XXe-XXIes.) [...]

Clémentine Delabruyère fut interpellée par la police dans la nuit du 17 septembre. Elle avait en sa possession un sac de 14 kilos de haricots et un panier rempli de farine. Selon elle, la cueillette de girolles n’avait rien donné si bien que, « pour ne pas rentrer les mains vides, elle s’était rattrapée sur les haricots ». Comme elle n’avait jamais été condamnée et donc qu’elle n’avait aucun casier judiciaire, le tribunal la crut sur parole et lui infligea une peine de deux semaines de prison seulement.

***« Va donc, grand fainéant, tu ferais bien mieux de t’occuper de tes affaires et de casser la g...geule à Guillaume ! »

Le 22 août dans l’après-midi, un lieutenant territorial sépare deux ivrognes sur le point d’en venir aux mains. « Si vous avez envie de vous battre, allez donc à la frontière ! » leur dit-il. Plus tard dans la Grande-Rue, l’un des deux ivrognes qui s’appelait Gautheron Eugène-Auguste, ouvrier agricole, prend l’officier à partie et lui lance : « Va donc, grand fainéant, tu ferais bien mieux de t’occuper de tes affaires et de casser la g...geule à Guillaume ! », très certainement en référence à Guillaume II, empereur allemand. A la demande du lieutenant, deux soldats arrêtent « l’énergumène après une vigoureuse résistance de celui-ci. Un civil, qui avait prêté main forte aux soldats, fut même mordu au doigt ». Gautheron, qui avait déjà condamné par deux fois, fut soumis à une peine de deux mois de prison et de 5 francs d’amende.

**« Casser la gueule », définitivement l’expression favorite des Sénonais ?

Pour finir, l’anecdote d’André Legron, manouvrier à Sens, témoigne encore du « flegme » tout particulier des habitants de la ville. Alors qu’il pêche à la ligne sur les bords de l’Yonne un 14 juillet, « installé à l’ombre des acacias et des peupliers au tournant de Rongevaux au pied de la colline Saint-Martin », André Legron est interpelé par un garde de la Société des Pêcheurs à la ligne qui le soupçonne d’utiliser du matériel interdit. « Pour toute réponse, celui-ci le gratifia de tout un vocabulaire choisi, le menaçant même -pour se servir d’une expression d’un criminel célèbre- « de lui casser la g... » ». André Legron reçoit une amende de 25 francs pour outrage mais il est relaxé pour le délit de pêche, faute de preuve de son illégalité.

Publier un commentaire

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.