La fontaine de Véron, havre de paix du célèbre poète Du Bellay

Publié le 12 décembre 2024

En 1557, le poète Joachim Du Bellay revenait de Rome. Il y séjournait en tant qu’intendant du cardinal Jean du Bellay, cousin de son père. Quatre années qui lui inspirèrent quatre « recueil romains » : Les Regrets, les Antiquités de Rome, le Songe et les Poemata, en latin, publiés un an plus tard. Mais il prend le chemin de Paris plutôt amère, déçu par la Cour romaine et malade. Sur sa route, la ville de Sens où il a quelques amis. « Sensible à la vie rustique, le poète devait goûter cette atmosphère de paix et de douceur, cet instant d’équilibre entre la brûlante ardeur de l’été romain et l’autre terrible rudesse de l’hiver qui allait venir » écrit Jean-Luc Dauphin.

Avant d’atteindre Sens, le poète traversa le village de Véron, situé sur la route de Bourgogne et d’Italie, et découvrit une fontaine qui autrefois alimentait le moulin aujourd’hui disparu. La source se situe à environ 300 mètres au nord du village, à droite du chemin de Rosoy, alimentée par le cours d’eau souterrain Puits-Bottin situé plus à l’est. Le lieu inspira fortement le poète qui fit naitre sous sa plume une élégie latine Veronis, in fontem sui nominis, un mythe sur l’origine de la fontaine inventé de toutes pièces et dédié à Jacques Spifame de Brou, évêque de Nevers et seigneur de Passy. Cette élégie latine prend l’allure des récits de la Grèce antique, « digne des Métamorphoses du grand Latin Ovide » selon l’avocat du baillage Jean Berger. Et comme le souligne Jean-Luc Dauphin, à l’époque, elle « occupait les conversations des lettrés sénonais, flattant leur goût et leur esprit de clocher ».

[/Elégie latine, Veronis, in fontem sui nominis

Elégie latine sur la fontaine de Véron

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Le poème latin raconte l’histoire d’une nymphe nommée Véronis, fille de Vérone et de Phœbus, née sur les bords du lac de Garde en Italie. Elle est poursuivie par le dieu du lac, Benacus, mais résiste à ses avances, illustrant sa pureté et sa fidélité à Diane, déesse de la chasteté. Alors qu’elle fuit Benacus, elle implore l’aide de Diane et se transforme en une source pour échapper à son poursuivant, semblable au mythe d’Arethusa. La source de Véron finit par émerger sur le territoire Sénon, où elle trouve un refuge paisible. « Il y avait une petite colline à la pente douce, à son pied un tapis verdoyant de fleurs et de gazon. De là, la plaine s’arrondit en champs couverts d’herbages. En ce lieu, je m’ouvris un chemin et sortis, source nouvelle et jaillissante » selon la traduction du chanoine Prieux, rapportée par Maurice Roy dans le bulletin n°32 de la Société Archéologique de Sens.

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