La chapelle des Salazar, l’une des rares qui a survécu à la Révolution française

Publié le 23 novembre 2024
Le retable de l’autel du monument funéraire des Salazar est en cours de restauration, une opération pilotée par la DRAC. L’ouvrage fait partie d’un ensemble funéraire exceptionnel érigé au 16e siècle en plein cœur de la cathédrale et qui fait partie des rares survivants suite à la destruction de nombreux biens cléricaux sous la Révolution française.
En 1515, l’archevêque de Sens Tristan de Salazar fait ériger dans la cathédrale Saint-Etienne un monument funéraire à la mémoire de ses parents : Jean de Salazar, chevalier espagnol au service du duc de Bourgogne, célèbre pendant la guerre de Cent ans, dit « gentilhomme à la cape trouée, léger d’argent non moins que de scrupules » ou encore « Grand capitaine », mort en 1479. En 1441, il avait épousé dame Marguerite de la Trémoille de Saint-Fargeau, issue d’une illustre famille noble et décédée en 1457.
La chapelle des Salazar est un superbe exemple d’art funéraire du 16ᵉ siècle et l’une des dernières en France. « A la révolution et au 19e, on en a beaucoup supprimé. On avait donc ces petites chapelles entre deux piliers. Celle de Sens est assez colossale » indique le conservateur de la DRAC.
**L’auteur du monument : Guillaume Chaleveau
L’ouvrage avait été réalisé par un sculpteur sénonais, Guillaume Chaleveau, aujourd’hui célèbre, au terme de nombreuses recherches historiques de diverses sociétés savantes. Il fut surtout associé au tailleur d’images Guillaume Regnault pour la réalisation du tombeau de Louis de Poncher à Tours, considéré comme l’un des plus beaux monuments de la sculpture française de la Renaissance.
L’artisan avait d’ailleurs été mis à l’honneur lors de l’exposition « Tours 1500, capitale des arts », organisée en 2012 par le musée des Beaux-Arts de Tours. La statue de la Vierge de la chapelle lui avait ensuite été prêtée en 2015. « Il est né à Sens mais il a beaucoup travaillé avec les rois de France. Et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé à Tours pendant très longtemps » précise Michaël Vottero, conservateur régional adjoint des Monuments historiques à la DRAC. « Les artistes bougeaient quand même pas mal même au 16e siècle ».
**Le baldaquin, mausolée des parents de Tristan de Salazar
Le monument funéraire comprend un baldaquin en pierre bleue de Belgique composé de quatre colonnes. Elles portent une tablette ornée d’écus aux armes des Salazar, et sur laquelle étaient juchées les statues des parents de l’archevêque. Les statues furent détruites à la Révolution française. Il ne reste aujourd’hui que des fragments de la statue du père de l’archevêque, celle de Marguerite de Trémoille a disparu. Aussi les parents de l’archevêque ne reposent pas en ce lieu. Tous deux furent inhumés dans l’église du Prieuré de Macheret à Saint-Just-Sauvage dans l’Aube comme le mentionne la Société Archéologique de Sens.
**Le retable et son autel
« Très encrassé, très sombre », le retable n’avait pas bénéficié d’intervention depuis le 19e siècle. « Dans les années 50, après la Seconde Guerre mondiale, ils ont remonté un autel en marbre noir. Donc l’autel, lui, n’existait plus. Il avait dû être démonté au 19e siècle. Malheureusement, on n’a pas toutes les archives pour documenter. Et sans doute il a dû y voir une petite opération de dépoussiérage » précise Michaël Vottero. Cet ouvrage en pierre de Tonnerre est décrit comme une « merveille de la sculpture ornementale » par l’historien sénonais Eugène Vaudin, dans son ouvrage La cathédrale de sens et ses trésors d’art. Selon certaines sources, l’autel, situé en bas du retable, aurait été restitué en 1943 en marbre noir de Belgique.










