Sens : L’église Sainte-Colombe du Carrouge et sa fontaine miraculeuse

Publié le 5 décembre 2024
La paroisse Sainte-Colombe du Carrouge (du carrefour), autrefois connue sous le nom de Sancta-Columba de Quadrivio, comprenait une église et un presbytère. L’église était parfois surnommée Sainte-Colombe-la-petite, pour ne pas la confondre avec l’abbaye Sainte-Colombe située à Saint-Denis-lès-Sens même si toutes deux rendaient hommage à Colombe. Au 3e siècle, Colombe de Sens, jeune fille d’origine espagnole, s’était exilée à Sens, ville à la chrétienté florissante, afin d’échapper aux persécutions romaines. Elle fut toutefois décapitée à la sortie de Sens en 274 au pied d’une fontaine dite fontaine d’Azon par le fils de l’empereur romain Aurélien. Selon la tradition sénonaise, la cave de l’église aurait été sa prison avant qu’elle ne soit exécutée.
La paroisse se situait à Sens à l’intersection de la rue de l’Ecrivain, au numéro 19, et de la Grande-Rue, aux numéros 62, 64 et 66, jusqu’à la boutique Camaïeu, occupés autrefois par un marchand de vin, une cordonnerie et un dépôt de machine à coudre. Sa surface s’élevait à environ 568 m² et l’entrée principale devait se trouver sur la façade de la Grande-Rue. Le presbytère fut transformé en maison au fil du temps, propriété de Pierre Mallarmé receveur de l’enregistrement à Sens (administration fiscale), et demi-frère de Stéphane Mallarmé. Au cours de l’année 1900, le bureau de poste y fut construit, en service jusqu’en 1936 avant son déménagement rue de la République. Le chantier fut l’occasion pour la Société Archéologique de Sens (SAS) de découvrir de nombreux vestiges.
Légende :
M : St Etienne église cathédrale, N : St Benoist Paroisse, O : L’Hôtel Dieu, P : Clocher de la Porte Comune, Q : St Pierre le Rond Paroisse, R : St Romain Paroisse, S : Les Jacobins, T : Ste Colombe Paroisse, V : St Maximain Paroisse, Y : Porte d’Yonne et le Palais, Z : St Maurice Paroisse, aa : Abbaye de St Paul, bb : St Bond prieuré, cc : Rivière d’Yonne, dd : La Grosse Tour
La date de sa fondation est incertaine, faute d’archives. Elle aurait été bâtie à la fin du 9e siècle, peut-être vers 891, ou au début du 10e siècle, selon les Bénédictins de Sainte-Colombe. D’autres chroniques la font même remonter au 4e siècle. En tout cas, sa construction ne serait pas postérieure au 13e siècle selon les savants de la Société Archéologique de Sens qui évoquent un curé affecté à l’église en 1210. L’église originelle a été détruite en 1730, dans un état de vétusté avancé. Puis elle fut très rapidement reconstruite, à l’initiative d’Anastase Guichard, curé de l’église dit le Père Guichard, et entièrement à ses frais. Selon Théodore Tarbé, le curé n’a pas souhaité solliciter ses fidèles pour la financer et ils n’en avaient de toutes façons pas les moyens. La première messe put y être célébrée le jeudi 15 mai 1732 et la tour fut totalement achevée en 1743. Mais l’église fut à son tour démolie sous la Révolution française.
**Une fontaine miraculeuse
Les souterrains de la paroisse renferment une légende des plus intrigantes. La ville de Sens aurait été une sorte de « petite Lourdes ». Plusieurs chroniques décrivent un escalier au fond de la nef, sous la tour, menant à une cave ou catacombe qui contenait un autel et une fontaine miraculeuse soignant les maladies et les infirmités. Les pèlerins y trempaient leurs mains afin d’être guéris de leurs maux. Comme le rapporte aussi Joseph Perrin, « on ne sait point d’où vient cette eau ni par qui la fontaine a été faite », extrait de l’ouvrage manuscrit -et jamais imprimé- du Père Guichard (1726-1727) Histoire de Sens.
Cependant, cette légende n’aura pas pu être vérifiée par les membres de la SAS présents sur le chantier car, en 1900, le seul ancien caveau de la bâtisse avait déjà depuis longtemps été transformé en fosse d’aisances, sans doute jusque dans les années 30, début 40 lorsqu’un nouveau propriétaire mit fin à cet usage. Les savants n’avaient alors pu récolter que des témoignages auprès du maître-maçon qui avait été en charge de sa réparation. La description de la fosse par l’artisan et ses ouvriers semblait corroborer l’existence de ce lieu énigmatique, sans pour autant le prouver. « La voûte de la fosse était d’appareil ancien ; la hauteur sous clef aurait été d’environ 2m. 60. « C’est comme une église » auraient dit les ouvriers en découvrant ses dispositions ! ». Mais « l’escalier et le fonds de ce lieu souterrain avaient dû être détruits et bouleversés lors de la première construction des latrines supérieures ».








