Statue du baron Thénard : Les Sénonais ont festoyé pendant trois jours

Publié le 17 octobre 2024
Louis Jacques Thénard était renommé pour ses travaux en tant que chimiste, loué par la communauté scientifique du 19e siècle. La statue érigée en son honneur à Sens en 1861 fut l’occasion de faire la fête pendant trois jours, du 19 au 21 juillet, et avait mobilisé bon nombre de personnalités comme rapporté par Messieurs Jacob et Lafargue, professeurs au Lycée de Sens et membres de la Société Archéologique dans leur ouvrage dédié à l’événement.
Louis Jacques Thénard étudie au collège de Sens (aujourd’hui Stéphane Mallarmé) jusqu’à ses 16 ans. Il part ensuite sur Paris pour devenir pharmacien. Il intègre le laboratoire de Nicolas Louis Vauquelin puis il enseigne la chimie au Collège de France. En 1810, il obtient le titre de professeur de chimie-pratique à l’École polytechnique. Parallèlement, le baron mène une savante carrière avec plusieurs inventions et découvertes à son actif : l’eau oxygénée, le bleu Cobalt, sur commande du ministre de l’Intérieur Jean-Antoine Chaptal. Il publie aussi dès 1813 un Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique, œuvre majeure de son époque.
**Trois jours festifs
Un parcours brillant qui fait la fierté de la ville de Sens qui, quatre ans après son décès, érige une statue en son honneur sur la place Thénard, actuelle place Drapès. Elle est inaugurée en grandes pompes pendant trois jours les 19, 20 et 21 juillet 1861, dont la première journée était dédiée à une très longue réunion solennelle des sociétés savantes du département de l’Yonne sous la présidence du baron de Farincourt, sous-préfet de Sens.
Le samedi 20 juillet fut consacrée à l’inauguration de la statue en présence des autorités de la ville, du département, des représentants des corps savants venus de Paris tels que des membres de l’Académie des Sciences ou encore du Collège de France (Claude Bernard, Arsène Houssaye, Camille Doucet, etc.). « A une heure, les bourdons de la cathédrale, sonnant à pleines volées annonçaient l’arrivée des personnages illustres venus exprès de Paris ». La cérémonie débuta par un air composé par Camille Doucet, membre de l’Académie française, et joué par la fanfare des Pompiers. Plusieurs personnalités prononcèrent ensuite un discours, dont Jean-Baptiste Dumas, représentant du Ministère de l’Instruction publique. « Monsieur Thénard n’a pas professé à l’école Normale, mais il a l’âme de son enseignement scientifique » avait déclaré Louis Pasteur. Ou encore son professeur à l’Ecole de Pharmacie de Paris, Louis René Le Canu, vanta les qualités de cœur « de cet homme excellent ». Cette journée fut clôturée par un banquet dans la salle synodale et un concert.
Et enfin, la troisième journée était consacrée à des réjouissances populaires. Elle débuta par une messe. « La municipalité avait aussi pris soin la veille, de faire distribuer des secours au pauvres, afin de leur permettre de mieux participer aux réjouissances générales » racontent les auteurs. Le clou de la journée fut sans aucun doute une cavalcade historique qui représentait l’entrée dans la ville de Sens de Saint-Louis et de Marguerite de Provence à l’occasion de leur mariage. Les détails de cet événement historique avaient d’ailleurs été mis en lumière par Monsieur Jacob, professeur de rhétorique au Lycée de Sens, à force de recherches dans de nombreuses archives. Un spectacle très apprécié au final, encore plus que celui qui célébrait, deux ans auparavant, le retour victorieux de Brennus. Le soir, à 21h, un feu d’artifice, « préparé par Aubin, artificier de l’empereur », fut tiré sur les bords de l’Yonne, suivi d’un bal. « Les fusées brillantes se détachaient heureusement sur un ciel sombre, et l’Yonne renvoyait de ses eaux paisibles mille reflets étincelants ».








