Les appelés du STO, des héros de guerre trop souvent ignorés

Publié le 20 avril 2025

Cette semaine, l’historien et spécialiste de l’Occupation Joël Drogland mettait en lumière la mémoire des travailleurs du STO (Service du Travail Obligatoire) du 3e Reich, lors d’une conférence organisée par l’association des Amis de l’abbé Poupon.

Jacques Poupon, auréolé par son sacrifice, parmi cinq autres prêtres volontaires, afin de protéger les jeunes du Grand Séminaire de Sens qui balisaient les terrains dédiés aux parachutages, notamment de matériel. Convoqué le 18 août 1943, l’abbé Poupon fut affecté à Plochingen, près de Stuttgart et relâché le 10 avril 1945. De retour à Sens le 21 juillet après une absence de deux ans, le séminariste ne perd pas pour autant de son dynamisme, toujours porté par la devise de Jacques Cœur, célèbre commerçant du 15e siècle : « A cœur vaillant, rien d’impossible ». La jeunesse sénonaise la fera sienne, pendant plus de vingt ans, au sein de la colonie de vacances La Savoyarde fondée par le prêtre en 1947.

Jacques Poupon

Deux années au STO, une arme nazie souvent restée dans l’ombre de l’histoire des déportés dans les camps de concentration et celle de la Résistance. En mai 1989, Henri de Raincourt, alors sénateur de l’Yonne, avait interpellé le Ministère des anciens combattants et des victimes de guerre en leur nom. Mais les tribunaux ne les autoriseront jamais à employer les termes de « déporté » ni de « déportation » en dépit de conditions de travail très difficiles. Comme le rappelle Joël Drogland, « le STO l’un des événements les plus traumatisants pour la société française sous l’occupation », un phénomène massif (650.000 travailleurs contraints) qui a bouleversé de nombreuses vies ainsi que l’équilibre de la société française.

Une majorité de citoyens français tente de d’échapper au STO légalement, par l’obtention d’une exemption. Certains s’engagent dans les mines ou cherchent à rentrer à la SNCF. « Plus original, on paie un homme de paille qui se présente sous votre nom à la visite médicale, puis à la gare, puis s’échappe après avoir posté une lettre qui est censée venir d’Allemagne » explique Joël Drogland. Le certificat médical de complaisance est également très prisé. Dans l’Yonne, en novembre 1942, 41% des appelés sont déclarés inaptes lors de la visite médicale, puis 74% en décembre. « Là, il y a eu des menaces nominatives contre les médecins » indique l’historien.

Jean-Louis Maillard, président de l’association Les Amis de l’abbé Poupon, Joël Drogland, spécialiste de l’occupation allemande pendant la Seconde guerre mondiale, et Claude Prieur, membre actif de l’association Les Amis de l’abbé Poupon / Conférence sur le STO au CEREP à Sens

**250.000 réfractaires jouent un rôle primordial dans la Résistance intérieure

Instaurée le 16 février 1943, la loi instituant le STO marque un tournant dans la perception du régime de Vichy. Le gouvernement ne parvient plus à se présenter comme un protecteur aux yeux des Français, qui refusent de dénoncer les opposants, traqués par les milices du régime. Pétain, « méprisé, ignoré », et particulièrement Laval « véritablement haï », apparaissent désormais comme des collaborateurs assumés du régime nazi. Cette perte de légitimité alimente une volonté croissante de résistance, encouragée par des appels à la désobéissance. Un petit nombre des réfractaires rejoint le NSKK (logistique routière de l’armée allemande) ou la Waffen-SS dont 16 dans l’Yonne. Mais la majorité d’entre eux se cache, parfois trouvant refuge auprès de la Résistance, qui « gagne en crédibilité ». Des réfractaires choisissent de rejoindre les maquis existants (20 à 30%), dont le tout premier a vu le jour dans le massif du Vercors en décembre 1942, contribuant ainsi très largement à leur développement.

« Sans le STO, la Résistance aurait été complètement différente. Elle serait restée une Résistance plus urbaine, sans doute plus intellectuelle. Le STO, c’est le grand tournant de la Résistance vers le monde rural. Et dans un département comme l’Yonne, c’est particulièrement net puisque les maquis vont être dans les zones rurales. Les maquis ne pourront vivre qu’avec la logistique des fermes, des hameaux, des villages. Et c’est toute une Résistance plus populaire qui va préparer l’insurrection nationale de la libération » précise Joël Drogland. Plus tard, la loi du 22 août 1950 reconnaitra les réfractaires dits « combattants » comme des résistants à part entière.

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