Aux origines de la rue René Binet

Publié le 7 octobre 2026
Dans l’ancien faubourg Saint-Savinien, le chemin des Coquesalles traversait un lieudit de la ville de Sens portant le même nom et s’étendait jusqu’à Malay-le-Grand (anciennement Mâlay-le-Vicomte). Aujourd’hui rue René Binet, il était autrefois un haut lieu de promenade, très prisé des Sénonais, à pied ou en voiture à âne pour les plus chanceux comme raconte Jean-Patrick Serrurier dans son livre Sens d’autrefois (1982).
L’orthographe du nom de cette voie a évolué au fil du temps : « Les Coques Sales » en 1741, puis « Chemin de la Coque Sale » en 1826, « Chemin des Coquesalles » en 1885 et enfin simplement « Chemin de garde communal » sur une carte de 1900. En 1912, l’archiviste de l’Yonne Charles Porée avait compilé des documents relatifs à la vie économique de la Révolution pour le district de Sens. Il mentionne ainsi les dîmes de la Coquesalle perçues par le seigneur de Saint-Pierre-le-Vif.
Le 26 juin 1934, ce chemin devient la rue René-Binet par délibération du conseil municipal, en hommage à l’architecte et peintre de la Belle Epoque originaire de Sens, décédé en 1911. René Binet est notamment connu pour avoir conçu la monumentale porte principale de l’Exposition universelle de 1900, place de la Concorde à Paris.
Les abords du Chemin des Coquesalles étaient irrigués par la Vanne et ses dérivés. « De l’entrée du faubourg Saint-Savinien jusqu’à Saint-Paul, la Vanne traverse quantité de bosquets connus sous le nom de Coquesalles. Comme si elle voulait porter la fraîcheur à tous les végétaux de ces lieux enchanteurs, cette rivière se divise en mille petits ruisseaux qui coulent rapidement avec un doux murmure ou bien parcourent lentement les prairies et les jardins potagers, et les abreuvent à la volonté des propriétaires. L’étranger qui vient à Sens à la belle saison n’a rien vu s’il n’a visité les Coquesalles », écrit Théodore Tarbé, qui en vantait largement la beauté.
A l’entrée des Coquesalles se tenait le Clos de Richebourg, dit également la Folie Jambon. Des terres maraîchères et quelques fermes attendaient ensuite les promeneurs. A son extrémité sud, on y trouvait notamment la Métairie des Boutours d’Alexandre Mancel, domaine agricole qui s’étendait sur plusieurs lieuxdits, dont Les Coques-Sales et la Petite Pâture. Les maraîchers vendaient par ailleurs leurs récoltes aux habitants de Sens, sous le marché couvert de la ville à partir de 1882, année de sa construction.
Aujourd’hui, le maraîchage n’a pas totalement disparu à Sens : les Jardins de la Croisière, au sud de la ville, honorent cette tradition depuis 1995 par la culture de légumes biologiques. Mais c’est aux Boutours, desservis par le chemin du même nom, que perdure l’esprit de ces anciennes terres maraîchères sénonaises : jardins familiaux, potagers de particuliers et associations. Quelques maraîchers y côtoient encore les ruisseaux qui les arrosent. Quant au nom de Coquesalles, il ne survit plus que dans l’impasse du même nom, près de la rue Maurice Prou.







